Plusieurs articles sont parus récemment nous concernant[1]. Certains mentionnaient que nous touchions depuis peu le RSA. Cette question a souvent soulevé de nombreux débats dans les commentaires. Après avoir lu avec attention ces commentaires, nous avons décidé de reprendre nos réponses dans cet article. Oui nous touchons le RSA depuis ce mois de janvier et voilà pourquoi nous avons fait ce choix.

➡ Pour commencer et pour poser un peu le cadre : nous touchons le RSA depuis le 9 janvier 2019 alors que nous sommes engagé.es dans ce projet depuis l’été 2015 soit plus de 1200 jours.. Et avant cette date nous n’avions touché aucune aide en dehors des APL lorsque nous étions étudiants. Beaucoup de débats donc autour d’une question qui nous semble relativement peu prioritaire au vu des effondrements en cours et à venir. Malgré tout elle révèle des blocages sur lesquels nous pouvons réfléchir.

➡ Notre idée (comme beaucoup maintenant) est que si nous ne faisons rien (et peut-être même si nous faisons) nous allons vers une probable extinction de l’humanité avant la fin du siècle entrainant une grande partie du vivant dans sa chute. Nous croyons donc qu’il est urgent de se dégager du temps pour agir à la mesure des enjeux. Parallèlement à ça, c’est aujourd’hui très dur de trouver un travail salarié sur les questions d’écologie et de solidarité puisque par définition ce n’est pas un secteur très lucratif bien que fondamental pour que la société fonctionne (nous n’aurons que faire du reste si nous ne pouvons plus respirer, boire de l’eau sans être contaminé, faire pousser notre nourriture.. et vous ici plus que les autres le savez bien). Alors si une aide existe et qu’elle permet de dégager du temps à certains pour qu’ils s’investissent pour un avenir meilleur, nous considérons que ce n’est pas un problème bien au contraire. Nous pensons d’ailleurs que le RSA devrait être universel à l’instar d’un revenu de base. La société gagnerait sans doute à ce que les individus soient plus libres de choisir la où ils veulent travailler et sous quelles conditions. Mais ce revenu nous le pensons dans une logique de décroissance plus proche ainsi des propositions de revenu inconditionnel défendu entre autre par Baptiste Mylondo[2].

➡ Sur le fait de “ne pas travailler alors que nous sommes dans la force de l’âge” : nous offrons des services (en participation libre) que beaucoup font payer directement (formation, documentation, etc.). Nous choisissons de ne pas les faire payer par un prix fixe afin que chacun puisse y avoir accès peu importe ses revenus. Nous travaillons donc, mais nous sommes rémunérés indirectement (par des dons) comme n’importe quelle association d’ailleurs. Qui plus est nous sommes Romane et moi en train de monter des activités “professionnelles” (entendez travail rémunéré directement) et j’ai déjà pour ma part commencé. Le montant du RSA s’ajuste donc en permanence à nos revenus. Dès que nous gagnions suffisamment, nous ne touchons rien. Et sûrement le plus important : la première chose que nous avons fait pour nous dégager du temps c’est réduire nos dépenses et nos consommations (et pas d’attendre une aide) pour nous dégager du temps. Ce qui paraît aussi essentiel (en passant) si nous voulons préserver des conditions de vie favorables sur Terre.

➡ Par ailleurs étant libéré de la pression financière nous envisageons de mettre nos services et compétences à disposition de ceux qui en ont besoin de manière gratuite le plus souvent possible. Et plus nous arriverons à diminuer nos propres besoins (moins de 600€/mois/2pers aujourd’hui en comptant tous les frais annuels), plus nous envisageons de redonner une partie importante de nos revenus à des associations d’aide aux réfugiés notamment. Si nous pouvons avec les aides auxquelles nous avons aujourd’hui droit, redistribuer cette argent à ceux qui en ont plus besoin que nous, nous sommes pour continuer à les percevoir et cela même si nous arrivons à l’avenir à ne quasiment plus avoir de dépense (en monnaie centrale notamment).

➡ Sur la question du financement des aides de manière générale.
Pour commencer il me semble intéressant de garder à l’esprit que le budget de l’État ne dépend pas uniquement des cotisations du travail. 52,9% du budget vient de la TVA par exemple (à laquelle nous sommes tous soumis). Voir : http://www.vie-publique.fr/…/quels-sont-differents…
“les recettes fiscales nettes, c’est-à-dire après les dégrèvements et remboursements d’impôts, du budget général de l’État, s’élèvent à 288,8 milliards d’euros (Mds €). Les recettes fiscales brutes s’élèvent à 404 Mds € et se répartissent comme suit :
– taxe sur la valeur ajoutée (TVA) : 152,8 Mds €, soit plus de la moitié des recettes fiscales nettes de l’État (52,9%) ;
– impôt sur le revenu (IR) : 72,7 Mds € (25,2%) ;
– impôt sur les sociétés (IS) : 25,3 Mds € (8,8%) ;
– taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) : 13,3 Mds € (4,6%) ;
– autres : 24,6 Mds € (8,5%), cet ensemble comportant des impôts directs et indirects.”
Par ailleurs il nous semble que l’argent public est aujourd’hui très mal réparti et nous militons pour une réappropriation de ces moyens et de la manière dont ils sont alloués (ex : budget “défense et sécurité” ou plutôt “guerre et surveillance” – en 2018 = 77,9 milliards soit 20% du budget de l’État, budget pour la “transition écologique” : 7 milliards soit 2%… Nous sommes sauvé.es ! :p)

➡ Ensuite nous croyons que la question du financement de ces aides “si tout le monde fait comme nous” doit effectivement se poser mais que nous nous trompons de questions en la posant dans ces termes et ce pour plusieurs raisons. Pour commencer, si tout le monde vivait plus simplement et de manière plus ancrée sur de petits territoires nous aurions moins de problèmes (écologiques et sociaux) et davantage de solidarité “autonome” (il est rare par exemple de voir un sans abris dans un petit village où les gens se côtoient, travaillent ensemble et gèrent eux-même leur quotidien). Par ailleurs il nous semble important de penser de la solidarité à plus grande échelle et de le faire en partie en dehors des États, car ils ne seront (de notre point de vue) pas à même de survivre à l’effondrement. Comment donc recréer des liens forts de solidarité et comment organiser cela dans un monde qui s’effondre ? Nous essayons à travers nos recherches et expérimentations de trouver des réponses à ces questions.. Et cela nous semble plus fondamental que de savoir comment continuer à financer le RSA. Nous avons vécu sans jusque là et nous vivrons sans prochainement, ainsi soit-il.

Solidairement,
Romane et Anton du Mobilab Songo,
heureux allocataires du Revenu de Solidarité Active.


[1] La Relève et la peste – Un couple français a aménagé un camping-car pour former et informer les citoyens à l’autonomie
18h39.fr – Anton et Romane ont diminué leurs dépenses pour vivre avec 600 euros par mois maximum
[2] Voir par exemple cette conférence sur le sujet.

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2 commentaires

Jaxom · 1 février 2019 à 16 h 55 min

Toujours un plaisir d’avoir de vos nouvelles. Ne vous laissez surtout pas abattre, et bonne Solidarité Active à vous deux 😉

Pierre-Elie · 10 février 2019 à 17 h 57 min

Bravo les amis, c’est une bonne idée de mettre les choses au point plutôt que de laisser les commentateurs jaser 🙂
Surtout avec toute la légitimité que vous avez !

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